Lettre ouverte...

M KOVALSKI Pierre                                                                                                                  TOUL le 21-01-2008
Délégué Central Syndical
CGT KLEBER



                                                                                                                    Madame MORANO Nadine,
                                                                                                                    1 rue St WAAST
                                                                                                                    54200 TOUL

      LETTRE OUVERTE



                Madame,

La manifestation du 18 janvier, l'écho médiatique qui en a été donné le 19, et votre intervention dans la presse locale le 20, me conduisent à vous répondre. Car en effet vous annoncez avoir des exigences des syndicats, donc du mien, la CGT, excusez du peu.

Sachez qu'en ce qui me concerne, je pense que mes mandataires sont les adhérents de mon syndicat, le personnel qui m'a élu, les militants de la CGT KLEBER, qui m'honorent de leurs confiance depuis 32 ans, sans oublier ma fédération que je représente chez KLEBER.

Eh oui, Madame, vous n'êtes pas la seule à être élue du peuple. En tout cas, en ce qui me concerne, du peuple de la France de tout en bas.
Aussi, si quelqu'un peut avoir des exigences envers moi, ce sont ces gens. Personne de moins, mais personne de plus, et sur ce point je reste intransigeant.
Je n'ai donc à répondre à aucune exigence de votre part.
Par contre je me sens, moi, le droit comme simple citoyen, et le devoir comme représentant du personnel, d'avoir des exigences vis-à-vis de vous et vos mandats que vous nous ne manquez pas de nous rappeler à chaque occasion.

Rappelons notre problème du moment
MICHELIN, grand groupe international s'il en est, a décidé de fermer l'usine de KLEBER TOUL dont il est propriétaire et gestionnaire.
Une décision que nous contestons, car en effet :
  • cette décision ne relève que d'un choix stratégique, la direction le reconnaît elle-même
  • cela n'est pas justifié économiquement, l'usine est viable si on lui redonne les volumes de production qu'on lui a pris.
  • Cette usine peut-être pérenne si on la modernise. La moitié de la somme prévue pour la fermeture y suffit. Avec la totalité de la somme on en ferait une très bonne usine.
  • L'argumentaire de la direction, annoncé le 3 octobre, est un modèle de désinformation, voire de fausse information.
  • Par exemple, pour TOUL on cherche à nous éblouir avec des investissements pour 45 millions € de 1999 à 2006, une somme faramineuse pour le commun des citoyens. Sauf que, à titre d'exemple, MICHELIN a consacré cette même somme …tous les ans pour son usine roumaine, soit plus de 200 millions. depuis l'achat de cette usine en 2001
Et bien d'autres raisons justifient encore notre opposition.

Et c'est bien ce problème, et la façon de le traiter, qui nous divisent.

Vous vous targuez d'être à l'écoute du personnel et des Toulois. Mais il me faut bien constater que vous ne proposez votre aide que pour une assistance de fin de vie de cette usine et du travail de ces gens.
En effet, vous n'avez jamais remis en cause cette décision de MICHELIN. Jamais vous ne l'avez seulement contredite.
Vous dites demander de la transparence à MICHELIN. Soit, mais la direction a dès l'annonce, et même avant,  mis ce voeux à la poubelle.
Quand moi je conteste, avec mes camarades du syndicat, et mes collègues de l'usine, nous ferions de la manipulation politique ? Pourquoi pas ! Mais c'est l'hôpital se foutant de l'infirmerie.
Faut-il en dire autant de ce député qui à fait une grève de la faim pour sauver son usine (petite, pourtant). Et encore, pas loin de chez nous, de ce M GROSDIDIER, député UMP de MOSELLE, qui a semble-t-il demandé au Président SARKOZY d'intervenir contre la fermeture ARCELOR à GANDRANGE, manipulé, lui aussi?

Non Madame. La réalité est que tout simplement vous ne souhaitez pas vous opposer à MICHELIN, peut-être manipulée…par vos ambitions nationales.

Aussi quand vous écrivez dans votre propagande, pardon, communication électorale, que TOUL à des atouts, là je suis d'accord avec vous.
Mais vous, faites vous partie de ces atouts ? Rien n'est moins sûr. J'espère pour vous que votre empressement à mettre l'usine KLEBER au placard ne finira pas par vous y reléguer aussi.

Enfin, finalement, le 19 dans la presse locale, quand vous dites avoir le courage de venir seule (à la manif) sans avoir peur de vous faire insulter, vous n'êtes pas juste. Ce n'est pas du courage, mais de la provocation, sous bonne garde policière.

Car tout de même nous manifestions, nous, contre la casse de KLEBER, ou que MICHELIN paie et indemnise la casse.
Or vous ne professer ni pour un, ni pour l'autre de ces mots d'ordre. Pire depuis le début vous vous déclarez "dans l'après KLEBER", qu'incidemment vous avez donc déjà condamné.
Vous n'aviez donc rien à faire là…. sauf de la provocation.
Alors quand quolibets et chansons fusent à votre encontre, vous êtes venus pour cela et en parfaite connaissance de cause, ayant déjà eu un aperçu le 15 lors de votre meeting à la salle Valcourt. Vous ne pouvez donc pas vous en plaindre.
De la même façon, c'est nous, organisateurs de la manif, qui avions demandé une rencontre avec le sous préfet, avec une délégation de notre choix. Je ne vois pas à quel titre vous, qui voyez le sous préfet plus souvent que nous, vous avez voulu vous imposez dans notre réunion. Vous n'êtes pas le nombril du monde, Madame, souffrez donc que l'on puisse discuter sans vous, surtout quand on ne défend pas la même chose. 
.
Quand à moi, et mon syndicat, notre objectif était une manif calme et dans la bonne humeur. Mais nous savons que la colère des salariés contre MICHELIN et votre position à son service n'a d'égal que leur profonde détresse. Aussi ne pouvons nous que les comprendre et être solidaires.
Il ne tient qu'à vous de l'être aussi (contre MICHELIN), et croyez moi ils changeront d'avis à votre égard.
D'ailleurs, je suis sûr qu'ils seraient fiers, comme Toulois, de voir la parlementaire Touloise que vous êtes, faire passer au moins le projet d'une loi MORANO qui empêche des sociétés comme MICHELIN de casser l'industrie dans cette ville, cette région, ce pays que l'on désertifie.
La balle est dans votre camp.

Veuillez agréer, Madame, mes salutations les plus distinguées.


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